Épisode 7 : Tiffanie Delune

Wednesday, November 28, 2018

Tiffanie est une femme inspirante, créative aux talents multiples. Expatriée à Londres depuis quelques temps maintenant, elle a accepté de nous livrer son histoire entre son quotidien d’artiste, son enfance et son cheminement vers la maternité. Avec Tiffanie, on a conversé pendant plusieurs heures sur la bienveillance, la qualité de vie qu’elle s’offre en vivant à Londres, son rapport aux autres, mais aussi sur sa vision du monde professionnel tel qu’il nous est présenté aujourd’hui … Rencontre.

 

Bonjour Tiffanie, qu’est-ce qui te caractérise ?

 

Je m’appelle Tiffanie et j’ai 30 ans. Originaire de Paris, je vis à Londres avec mon fils de 14 mois, Samory, qui est né ici. Nous vivons tous les deux dans un grand trois pièces avec une vue incroyable sur le Sud de Londres. Créative, curieuse, libre, affirmée et bosseuse sont sans doute les mots qui me décrivent le plus.

 

© Julie Perrot

 

Pour toi, c’est quoi être une mère contemporaine à notre époque ?

 

S’écouter, s’amuser et renoncer à être vouloir être parfaite. Je suis devenue mère célibataire lorsque Samory avait 9 mois et son père est rentré vivre en France, mais je n’ai renoncé à rien, en commençant par mon désir absolu de vouloir vivre à Londres et d’y voir Samory grandir. J’ai toujours voulu y vivre après plusieurs années à Montréal, Genève et Paris, car je me sens épanouie, libre et moi-même ici et je voulais que mon fils grandisse dans cet univers. Je ne voulais pas faire partie des français qui vivent une vie d'expatriés à l’étranger donc nous parlons français à la maison mais j’ai délibérément choisi de la mettre dans une crèche anglophone et multiculturelle où ils sont notamment familiarisés avec le Black History Month dès 2 ans.

 

Cela a un prix et demande beaucoup d’énergie, car la crèche est payante ici et les aides sont quasi inexistantes, mais en retour nous avons une qualité de vie incroyable et une relation mère-fils exceptionnel. Nous allons à la crèche à pied matin et soir et c’est un moment réservé à la discussion et la rigolade. Le dimanche lui est entièrement consacré pour lui faire découvrir parc, musées, galeries et activités physiques. À la maison, il n’y a pas de télé, principalement des jouets en bois et je le laisse gambader autour de moi lorsque je peins ou cuisine. Il y a toujours de la musique, de Fela Kuti à Fatoumata Diawara en passant par Lykke Li ou Sade et nous dansons et jouons des instruments régulièrement.

 

© Julie Perrot

 

Il fait autant partie de ma vie que je fais partie de la sienne et je le protège comme je ne le couve pas. Nous sommes très bien entourés, principalement de créatifs, nous voyageons régulièrement et sommes invités à des dîners, brunchs et vernissages autant que nous recevons. Je n’y arriverais pas seule sans mes amis, dont une super baby-sitter qui me permet d’avoir des moments à moi hebdomadaires qui sont primordiaux à mon équilibre. J’ai renoncé à toute forme de perfection, culpabilité et qu’en-dira-t’on et je me fie à mes propres valeurs de partage, d’indépendance et de bienveillance et une profonde spiritualité de vivre le moment présent.

 

Tu as toujours “ rêver “ d’être maman ?

 

Non, je ne l’avais jamais imaginé comme je n’y étais pas fermée. Je ne suis pas quelqu’un qui a un plan de vie traditionnel en tête avec certaines étapes à passer à un certain âge, donc je n’idéalise pas les choses avant qu’elles se concrétisent. C’est arrivé naturellement au cours d’une relation de longue durée avec le papa et comme beaucoup d’expériences dans ma vie, j’ai écouté mon instinct à l’instant T. Même si nous ne sommes plus ensemble, nous nous entendons pour l’équilibre et le bien-être de Samory.

 

Parles-nous de tes origines …

 

Ma mère est française, originaire de Paris et mon père est Congolais (RDC)-Belge et ils se sont rencontrés à Pigalle au début des années 80. Ils se sont séparés lorsque j’avais 18 mois et mes soeurs, mon frère et moi avons grandis avec mon père en banlieue parisienne alors que ma mère a toujours vécu à Paris. Avant d’être métisse, mon père se considère comme un enfant de la colonisation et un nomade. Il a notamment vécu au Congo, en Belgique, à Djibouti, en Centre-Afrique et en France et vit aujourd’hui en Martinique, car il souhaitait retourner à la nature, y a construit sa maison seul et vit quasiment uniquement de ses propres ressources. Il parle français, anglais, flamand et créole, nous a fait écouter la techno des années 90 comme de la musique africaine et du compas haïtien, refusait que l’on reste dans le quartier et a tout fait pour que l’on parte chaque été en vacances, ensemble ou séparément, en France comme à l’étranger. À 18 ans, il a accepté que je parte étudier au Canada avec peu de ressources et beaucoup d’imagination, car il voulait que je sois bilingue et ne croit pas au système français — il n’a jamais demandé sa nationalité et ne la veut pas. Mon père est très cultivé et au-delà d’une forte culture africaine, il nous a ouvert à toutes formes d’horizons. Ma mère en retour a très peu voyagé, faute de moyens. Elle voyage à travers les gens qu’elle rencontre et les livres qu’elle lit et ne nous a transmis aucun sentiment d’être français en tant que tel, mais un fort caractère parisien.

 

 

Je me souviens que tu travaillais en agence à Londres il y a quelques années … J’ai pu suivre à travers tes réseaux sociaux ton cheminement vers l’art et progressivement ton travail. Comment ça t’es venue ?

 

J’ai commencé comme assistante à 19 ans et j’ai travaillé en petite agence, grande agence, studio photo et côté client comme chef de projet à Montréal, Paris, Genève et Londres. Aujourd’hui, j’alterne entre une vie de productrice freelance et mes projets artistiques qui sont en train de prendre le dessus : je peins, sculpte et crée des installations aériennes ou murales. Je viens d’acquérir un studio près de la Tamise et je crée énormément suite à une résidence artistique et ma première exposition solo à Lagos au Nigéria en mai. Mon année 2019 s’annonce chargée en projets et voyages.

 

© Julie Perrot

 

 

L’art a toujours été présent dans ma vie. J’ai toujours su dessiné de manière autodidacte et aussi longtemps que je me souvienne, je rêvais de faire une école d’art à Paris. Finalement, j’ai étudié l’histoire de l’art à Montréal, discipline qui me passionnait depuis le lycée. La carrière dans la publicité est arrivée au fil des rencontres et en parallèle, je gribouillais.

 

C’est une collaboration spontanée sur une ligne de vaisselle et linge de maison, qui a notamment été sélectionnée à la Paris Design Week 2016, qui m’a donnée le déclic. Le besoin vital d'embrasser la matière, les formes et les couleurs qui étaient dans ma tête est apparu comme une évidence. Je me suis imaginée artiste peintre-sculpteur à Londres, avec mon atelier, libre de créer ce que je veux, comme je veux et quand je le veux. Je souhaite embrasser l’enfant qui a longtemps sommeillé en moi et apporter un nouveau regard, naïf et coloré, métissé et engagé, sur l’imagerie dite africaine. J’aborde des sujets comme l’amour, le pouvoir, la femme, la sexualité, la race, en faisant appel à des formes animales, des symboles empruntés à la nature, des formes généreuses et des couleurs franches et affirmées. Je joue avec les angles et les profondeurs et m’inspire de la sapologie congolaise, des imprimés ankara, comme du travail de Louise Bourgeois, Henri Matisse, Yves Saint Laurent ou mes propres rêves qui m’apportent très souvent des lignes très marquées et des palettes instinctives au réveil.

 

© Julie Perrot

 

C’est important de prendre du temps pour soi lorsqu’on devient mère, quelle est l’activité que tu aimes faire avec toi-même ?

 

Le yoga. Je le pratique quotidiennement entre 10 minutes et 1 heure, très souvent très tôt le matin ou avant de dormir. C’est un moment où je me re-connecte avec moi-même, écoute mon corps et libère mon esprit. Naturellement flexible, le yoga m’a avant tout permis d’apprendre à méditer, renforcer mes muscles et maîtriser mon équilibre.

 

Qu’est-ce que tu as envie d’apporter au monde de demain ?

 

Un grand Samory, curieux de l’univers qui l’entoure et de ses cultures qui s’entrechoquent. Je souhaite qu’il soit dynamique, ouvert et confiant dans un monde qui change constamment.

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon
  • Black Twitter Icon