Épisode 3 : Johanna Faye

Wednesday, June 27, 2018

Sensible, émotive et sincère, Johanna est une mère qui prend les choses comme elles viennent. Authentique et sans prise de tête, elle nous raconte comment la maternité a littéralement changé sa manière de voir les choses. Comment en tant que danseuse et chorégraphe, elle a su intégrer la dimension personnelle à sa vie professionnelle ? Comment travailler avec son époux est un véritable avantage pour son équilibre personnel ? Comment être bien pour soi, c'est être bien pour son enfant ? Les réponses, dans cet entretien sage et solaire ... 

 

© Melvyn Nganga

 

Johanna, peux-tu te présenter ?

 

Je suis une femme qui a vécu et grandit en banlieue parisienne. J’ai eu la chance de grandir dans la mixité la plus totale avec des parents ouverts qui m’ont laissé vivre. Ils ont surtout voulu que je sois toujours au plus proche de moi et de ma personnalité à moi. Mes parents ont toujours fait en sorte que je m’écoute. C’est difficile comme question … Souvent, on a l’habitude de se décrire parce que l’on fait et ce que l’on fait n’est pas forcément qui on est. J’ai 30 ans, j’ai un enfant qui aura bientôt 2ans. Je fais de la danse et je viens du Hip Hop. C’est une culture qui m’a aidé et qui m’a forcé à m’accepter. Cela fait 10 ans que je travaille activement dans la danse, comme danseuse et chorégraphe.

 

Tu as toujours rêvé d’être mère ?

 

Pour ma mère, cela a été difficile … Alors, je me souviens que plus jeune à l’âge de l’adolescence pour ma part, ça me faisait limite peur. On se pose la question à quel point ça te rend heureux d’avoir des enfants quand, on voit que ta propre mère, elle en a 3 et ça ne l’a rend pas forcément heureuse. On grandit dans une société où on te dit “ai un CDI, une voiture, un chien et des enfants et tu seras heureux”. Quand tu as tout ça et que tu te rends compte que tu es pas heureux, ça pose la question de ces codes-là. J’ai l’impression d’avoir toujours été assez consciente de l’ambivalence de notre société. Très tôt, je me suis dit pourquoi je l'infligerais à quelqu’un. Vers 20 ans, je commençais à faire des crises d’angoisse, pensant que j’allais mourir. À chaque fois que je pensais ça, je me disais “ce n’est pas possible, je n’ai pas eu d’enfants”. À partir de ce moment-là, j’ai vraiment senti que ma vie n’aurait pas de sens sans enfants.

 

 

Danseuse, chorégraphe également, tu viens d’être nommée à la direction du Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne. Raconte-nous ton parcours.

 

J’ai commencé la danse tard, à 18 ans. Au départ, je faisais du breakdance. Je me suis tout de suite mise à fond dedans. J’ai adoré de ce truc d’être face au sol, cette difficulté. Je me suis mise à fond dedans et j’ai compris que c’est ce que je voulais faire de ma vie. Je me suis dit aussi, qu’il fallait être complète. Je me suis rendu compte que j’aimais toutes les danses et explorer vraiment toutes les façons de bouger avec mon corps. J’ai fait une école de danse où j’ai appris le jazz, le contemporain et le classique pendant une année. Par la suite, je suis partie au Brésil pendant 3 mois suite à une audition pour danser avec une compagnie qui s’appelle Même rose. Une compagnie très engagée au Brésil qui se définit comme un corps politique. C’était génial comme projet, car ça te pose la question de ton corps et de ton engagement, comme moyen de te positionner. Le corps est vraiment représenté comme une arme et surtout comme une pure réflexion. Dès mon retour, j’ai directement intégré un groupe de danse qui s’appelle Swaggers que j’ai quitté par la suite, mais qui m’a beaucoup formé dans mon parcours de danseuse technique. En parallèle, j’ai fait des créations avec Jérémie Belingard qui est un danseur étoile de l’Opéra de Paris. J’ai pu travailler avec Sylvain Groud qui a été nommé à la tête du CCN (Centre Chorégraphique National) de Roubaix. J’ai fais pleins de créations avec une multitude de personnes, notamment avec la compagnie Wang Ramirez où j’ai rencontré Saïdo, mon mari. De là, on a commencé à chorégraphier ensemble. On a d’abord fait un duo, puis avec 7 autres danseurs qui s’appelle FACT. Je suis actuellement en train de travailler sur une création féminine avec 3 danseuses, une danseuse contemporaine, une flamenca et une krumpeuse. On travaille dans une structure de production mutualisée, suite à cela, on a décidé de répondre à l’appel à candidatures du CCN (Centre Chorégraphique National) de Rennes qui précisait qu’ils voulaient ouvrir aux collectifs et non plus aux candidatures individuelles. De fil en aiguille, on est arrivé là. On a été nommé. C’est un signal fort pour la nouvelle génération. J’essaye constamment de pousser, de travailler et d’aller plus loin. Je fais confiance à mon instinct.

 

© Melvyn Nganga

 

En couple et mariée, ton compagnon est également ton collègue de travail. Comment tu vis cette relation professionnelle et personnelle ?

 

Ce n’est pas facile de travailler avec son amoureux. Ce n’est jamais constant. Au début, lorsqu’on a commencé à travailler ensemble, cela nous a renforcés. Tu te rends compte même quand tu sors du studio et que vous êtes en embrouille, tu te dis que c’est la personne avec qui tu as envie de faire ta vie. Vous passez un cap et ça rends l’amour plus deep ! C’est génial, car on a atteint un niveau d'honnêteté qui est fou. Quand je suis avec lui, c’est comme si j’étais avec mon frère. C’est cette notion du couple que j’ai toujours voulu avoir. Parfois, c’est difficile, car on a l’impression de passer que du temps utile ensemble. Uniquement du temps de travail, par exemple ou parce que l’on doit s’occuper de notre fils. C’est très dure de trouver du temps que pour nous et juste d’apprécier le fait d’être ensemble tout les deux. Après, on fait ce que l’on aime, on se bat pour ce que l’on aime. Je ne voulais pas envie de choisir entre être mère et une danseuse professionnelle. Mon fils fait aussi partie de ma vie professionnelle. Je ne range pas les choses par fonction. Je ne sectionne pas les choses, tout est ma vie, mon fils, mon homme, mon travail, tout coordonne et c’est mon équilibre. Forcément, c’est beaucoup plus de travail et d’énergie.

 

 

Tu soutiens la démarche d’allaitement maternel, tu allaites encore à 20 mois. Que penses-tu de la pratique en général ?

 

Je ne juge pas les gens qui ne veulent pas allaiter, mais je reste assez choquée par les femmes qui prennent des médicaments chimique pour se faire sevrer. C’est se cultiver un cancer du sein. Pour moi, nous sommes des mammifères. On a du lait, donnons-le. L’instinct fait que notre enfant est naturellement programmé vers notre lait maternel. Le fait que ça soit un lait qui est fait sur mesure pour ses besoins à lui, il y a une connexion wi-Fi. Pour ma part, cela a été pratique. Je suis une baroudeuse de nature, je voyage de tous les côtés alors je me dis que mon fils il s’adapte à ça. Il peut manger à n’importe quelle heure, sans que j’ai à devoir chauffer son repas ou autre. C’est un moment incroyable avec ton enfant. On s’auto-suffit à nous deux. C’est un devoir, c’est la première chose que je lui dois. L’allaitement crée une relation qui est au-delà de la raison, c’est vraiment instinctif. La première fois que je l’ai allaité, j’ai pleuré. Le fait que ton lait change en fonction de ton alimentation, ça développe son palais progressivement. Il y a trop d’avantages à allaiter, c’est un 10 en 1. Il avait de l'eczéma je lui ai mis du lait sur son eczéma. C’est un médicament carrément … J’ai eu de la chance quelque part où mon métier me permet d’avoir mon enfant avec moi et je n’ai jamais eu à tirer mon lait ou le déposer à la crèche. Je n’ai pas dû chercher une solution alternative. L’allaitement ça été assez simple logiquement. Cela va bientôt faire deux ans que j’allaite, parfois c’est difficile et fatiguant. Je suis à l’écoute de mon fils aussi. Lorsqu’il sera prêt à arrêter, il arrêtera de lui-même. Je prends les choses le plus sainement possible. Je me prends pas ma tête. Tu sais avec un enfant, rien est grave. Il n’y a que le stress qui est grave. Ils s’adaptent à nous. Pour lui, je fais des choses pour moi et c’est grâce à lui.

 

© Melvyn Nganga

 

C’est quoi ta vision de la maternité ?

 

Faire des erreurs et apprendre constamment, sans avoir peur de se tromper aussi. La mère parfaite ça n’existe pas. Tu es la mère que tu dois être pour ton enfant. Cela a changé ma vie dans le bon sens du terme, ça m’a aidé pour m’accepter et surtout savoir ce que je voulais transmettre et c’est juste du bonheur.

 

Tu rêvais de quoi à 20ans ?


J’ai toujours rêvé de me sentir heureuse et pleine. Je n’ai jamais rêvé de réaliser des choses concrètes à faire ou à réaliser. À 30 ans tu apprends que le bonheur et la plénitude, c’est inconstant.

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