Épisode 6 : Ossina Gomez

Wednesday, October 31, 2018

Ossina est une femme de 35 ans qui prône l’amour et embrasse la vie avec un grand A. Sans tabou, elle se livre sur sa philosophie de vie et nous entraîne avec brio sur sa vision de la femme dans nos sociétés. Avec Ossina, on a parlé de la femme au foyer, de la femme active et de la femme enceinte. L’importance d’être en phase avec soi-même et l’équilibre que l’on peut avoir dans son quotidien. Comme quoi, l’éducation que l’on reçoit nous entraîne tout au long de notre vie à se surpasser et ne pas perdre de vue ses objectifs de vie. Ossina est une femme de valeurs, amoureuse du respect et du courage qui mérite d’être donné à tous.

 

© Julie Perrot

 

Hello Ossina, peux-tu te présenter ?

 

J’ai 35 ans, je suis mariée et maman de Wesley qui a 3 ans. Je suis consultante en communication et stratégie de marque. J’accompagne les projets qui ont pour objectif la promotion des talents d’Afrique aussi bien sur le continent qu’à l’international. J’ai lancé le blog www.onceuponatime.baby à travers lequel je propose des idées d’activités, de livres, de voyages, de bons plans ... aux parents qui désirent ouvrir le regard de leurs enfants sur les autres cultures du monde. Je donne également la parole aux mamans de familles multiculturelles dont les confidences sont partagées à travers la websérie #mamansdumonde diffusée sur le blog.

 

 

Quelles sont les valeurs et les causes qui façonnent ton quotidien ?

 

La charité est une valeur essentielle pour ma part. Penser et agir pour les autres, particulièrement ceux qui sont démunis, les plus faibles, les plus petits ; tous ceux qui sont dans le besoin. L’éthique, l’intégrité, la loyauté en font partie également … Je défends un monde plus juste, je suis particulièrement sensible à tout ce qui contribue au bon éveil de l’enfant et ce à toutes les phases de son évolution.

 

Quelle vision as-tu de l’éducation ?

 

Je prône une éducation bienveillante. Mon fils a 3 ans et il m’apprend énormément. En me mettant à son écoute j’apprends moi aussi. J’essaye de comprendre ce qui se cache derrière chacune de ses émotions ; ce qui implique accepter également ses colères. Je suis beaucoup dans l’écoute, la discussion et dans l’échange. Tout ceci n’est possible que par la force de cet amour inconditionnel qui permet de lui donner un cadre pour qu’il puisse grandir dans le respect des autres et de lui-même. Pour moi, les bases de mon éducation sont celles-là. Je me nourris de mes lectures, des conférences auxquelles j’assiste, des discussions avec ma grand-mère qui occupe une place importante dans ma vie. La femme que je suis est fortement inspirée de ma mère et de ma grand-mère.

 

 

© Julie Perrot

 

Quelle est ta définition du “multiculturalisme” ?

 

Selon moi,  une personne multiculturelle est une personne issue d’un brassage culturel. On peut être issu du même pays, mais avoir des différences culturelles. Le multiculturalisme est le fruit de plusieurs éléments, certains qui sont transmis par les parents ou l’environnement de naissance, mais également d’autres éléments reçus au gré des rencontres et des voyages ; tout ceci laisse une empreinte en nous qui est une ouverture culturelle. Pour moi le multiculturalisme, c’est vraiment ce brassage de cultures, de visions et de pensées qui fait que chaque être humain est unique. Cela peut paraître bateau dit comme ceci, mais je pense sincèrement que c’est se nourrir de tout ce que le monde a de meilleur à nous offrir.

 

 

Tu peux nous parler de ta grand-mère ?

 

Je n’ai pas le souvenir de moments où ma grand-mère n’a pas été présente dans ma vie. Excepté lorsqu’on a dû quitter précocement le Congo à cause de la guerre. J’ai l’impression qu’on a passée toute notre vie sur son dos, ma grand-mère a toujours été là, veillant sur nous. Ma grand-mère, c’est vraiment une femme forte, un exemple de résilience et de combativité  pour moi. C’est une femme d’un autre temps, d’une autre époque, mais la liberté que j’ai aujourd’hui en tant que femme est le fruit du combat que des femmes comme elles ont mené auparavant. J’ai la chance d’être entourée de femmes fortes comme elles, je fais partie de la lignée de ces femmes-là.

 

Quel est ton regard sur la mortalité maternelle dans le monde aujourd’hui, selon-toi quelles seraient les actions qui pourraient réduire ces chiffres ?

 

Je suis africaine, je suis née sur le continent, précisément au Cameroun, et j’ai passé une bonne partie de mon enfance au Congo, cette cause me touche directement. J’ai donc grandi entourée de femmes qui ont porté la vie et ont eu la chance de pouvoir serrer leur enfant dans les bras, mais j’ai également été entourée d’orphelins qui ont perdu leur maman à leur naissance ou à la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur. Concernant la seconde partie de la question au niveau des actions à prendre, difficile d’y répondre, les choses ne sont pas si simples. Je pense sincèrement qu’être à l’écoute des mères serait déjà un grand pas. Nous sommes malheureusement habitués à ce que les femmes ressentent des douleurs et les supportent que lorsque celles-ci deviennent mortelles, on n’entend plus leurs cris de douleur. Je trouve que l’on a souvent tendance à minimiser ce que les femmes ressentent et on passe à côté de signaux d’alerte. Les premiers lanceurs d’alerte devraient être les proches, puis l'intervention du corps médical.

 

© Julie Perrot

 

Tu peux nous parler des accouchements dont tu as eu écho au Congo par exemple ?

 

En visitant des cousines à la maternité, j’ai pu me rendre compte des conditions difficiles dans lesquelles certaines femmes accouchent. Le manque de moyens financiers est malheureusement un élément déterminant pour le bon suivi de sa grossesse.

 

Comment tu as vécu ta grossesse Ossina ?

 

J’ai eu beaucoup de mal à tomber enceinte. J’ai fait deux fausses-couches qui ont été difficiles. J’ai donc vécu cette troisième grossesse dans l’intériorité. J’ai été arrêtée très tôt aussi, car à l’époque, je travaillais pour la compagnie aérienne du Congo et j’étais souvent en déplacement. Or, il fallait que je sois au calme. Pendant ces neufs mois, je me suis beaucoup questionnée sur le sens de la maternité. J’ai vraiment mesuré l’importance et la délicatesse de la vie. J’ai eu la grâce d’accoucher le jour de mon anniversaire. Ma mère n’étant plus de ce monde, accoucher de mon premier enfant le jour où elle m’a donné naissance, nous unit d’avantage. La maternité pour moi revêt un caractère miraculeux. C’est d’ailleurs ce qui m’a inspiré mon blog, aller à la rencontre des mères, est une façon pour moi de mettre en lumière la mission formidable accomplie par celles qui portent et qui transmettent la vie. Je pense également à celles qui ne peuvent pas, qui essaient et qui n’arrivent pas. J’éprouve beaucoup de respect pour ces femmes qui mènent ce combat dans le silence et la dignité, celles qui sourient au Monde pendant que leur cœur pleure un enfant qui n’a pas pu naître ou qui n’arrive pas.

 

© Julie Perrot

 

Qu’est-ce que tu penses de la moyenne d’âge (31 ans) du premier enfant chez les femmes en France ?

 

Il y a plusieurs raisons qui font que la maternité est retardée chez les femmes. Il ne faut pas les stresser, parce que dire “c’est tard, c’est tôt” cela n’a pas de sens. L’enfant vient quand il doit paraître et quelques fois, il ne vient pas ... La maternité est un combat et chacune le mène à sa manière, comme elle peut.

 

Qu’est-ce que le rôle de mère a changé dans ta vie ?

 

Être mère m’a complètement transformée. C’est une mission, une responsabilité que j’assume pleinement. Mon fils est un survivant, il est né après deux fausses couches. Je ne rigole pas avec la vie, je suis déterminée à tout faire pour lui transmettre le meilleur afin qu’il puisse avoir un impact dans le monde.

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon
  • Black Twitter Icon